Je suis née avec une jaunisse. A l’époque, on mettait cette maladie sur le dos de la mère et la mienne s’est largement culpabilisée puisqu’elle a fait une overdose de chocolat pendant sa grossesse.

J’ai été soignée pendant très longtemps pour cette jaunisse. Je me souviens encore des piqûres régulières, des repas sans sel ni poivre, des jambon/purée sans goût et oh horreur ! de la cervelle d’agneau bouillie.

Ma mère faisait au mieux et suivait les conseils du médecin, du diététicien, des tantes, des grands-mères, de sa mère, etc…

A l’âge de 11 ans, après des années de piqûres, de médicaments, je me souviens de ces granules que je prenais en non stop, de radio du foie, notre médecin de famille de l’époque m’a alors demandé si je souhaitais continuer à prendre des médicaments ou si je faisais confiance à mon corps.

Il me montra une radio de mon foie dont la moitié était comme rabougrie et m’annonça que le foie était un organe qui se reconstitue et que je devais lui faire confiance.

Cette approche a profondément bouleversé, je m’en rends compte aujourd’hui, mon approche de la maladie : un organe quel qu’il soit a le pouvoir de s’auto-guérir. Et ayant eu une grand-mère qui a vécu les 3 quarts de sa vie avec ¼ de poumon et 1 rein, je savais que l’on pouvait vivre et vivre bien malgré tout.

J’ai connu après cela toute sorte de petits soucis : des crises d’urticaire terrible de la racine des cheveux à la plante des pieds, des problèmes intestinaux en non stop (qui me semblaient être la normalité), des douleurs dorsales, des insomnies, des rhumatismes dès mon adolescence qui se sont transformés en arthrose à 30 ans, une dépression, un manque de fer récurrent, des brûlures d’estomac, des lésions dans les intestins, une fatigue chronique, des humeurs en dent de scie pénibles à vivre pour moi et mon entourage, une impossibilité à marcher, etc….

Jusqu’au jour… Jusqu’au jour où je n’ai plus réussi à me lever… Jusqu’au jour où même vivre m’épuisait, me faisait mourir à petit feu…

La vie étant bien faite, en tout cas de mon point de vue, lorsque cet épisode de ma vie est arrivé je vivais depuis 1 an en Australie. L’ensemble de mes symptômes était bien connu et portait même un nom : la maladie céliaque.

Mon corps était épuisé certes, mon moral ne tenait qu’à un fil mais j’appris que je pouvais me soigner et même guérir.

J’ai alors suivi un régime sans gluten et sans lactose pendant 5 ans avec des rechutes qui me faisaient hurler de douleur dès que j’ingurgitais par erreur du gluten les premiers temps, j’ai subi les railleries de mon entourage qui appelait cela des caprices voire même une phobie de bonne femme. Je vous rappelle que cela remonte à plus de 10 ans…. Cette maladie, au pays du pain, n’était absolument pas connu du grand public.

Aujourd’hui, en France, de nombreux médecins et diététiciens alertent le public sur les risques du gluten. On trouve des produits industrialisés sans gluten partout, pas une semaine où on ne lit un article à ce sujet.

En fait ce qu’il faut savoir c’est qu’aujourd’hui, on trouve du gluten dans tout même dans les yaourts parfumés, la charcuterie, etc… En fait, le blé est LE conservateur le plus utilisé dans les produits industriels et le corps n’est absolument pas capable et n’a absolument pas la fonction de digérer autant de gluten.

Le gluten, ne pouvant être digéré, reste dans les intestins, les « rongent », d’où les lésions, puis passe dans le sang et empoisonne le corps, d’où cette multitude de symptômes qui finissent par épuiser la personne allergique au gluten.

C’est à cette époque que j’ai appris à tout faire moi-même en cuisine, que j’ai découvert la diététique et ma passion pour la cuisine.

Aidée et soutenue par une association d’anciens céliaques qui affirmait que l’on pouvait guérir, j’ai appris à reconstituer ma flore intestinale, j’ai appris à soigner mes intestins et bien entendu appris à manger correctement et surtout à bannir toutes les boissons dites « hygiéniques », quelle ironie ! Vous savez les sodas, jus de fruits reconstitués, etc…

Après 5 années de régime strict, j’ai tout doucement réintégré le gluten, à petite dose, aidée d’une rebouteuse lors de notre séjour en Suisse.

pain gf

Plus de 10 ans après, je remange du pain que je choisis autant se faire que peut avec de la farine bio ou de sarrasin, de temps en temps des pâtisseries et viennoiseries et j’écoute mon corps qui sait très bien quand j’ai ingurgité trop de gluten à son goût.

Je mange très peu de produits industrialisés et je les choisis alors sans gluten, quand je dis très peu c’est vraiment très peu et cela se borne généralement aux pâtes, à la farine. Mais je n’oublie pas que les industriels ont remplacé le blé par le maïs… Quand on sait que plus de 80% du maïs aujourd’hui est transgénique….

Loulou, qui vient de fêter ses 8 ans, n’a jamais bu une goutte de soda et/ou de jus de fruits reconstitués, et ne mange pas de produits industriels. Il arrive parfois, lorsque nous sommes invités ou mangeons à l’extérieur, qu’il lui soit proposé des plats industriels. Il sait les reconnaître dès la première bouchée et ne les mange pas. Cathy ma biche pourra en témoigner 😉

Manger sans gluten m’a appris à cuisiner simplement et étant végétarienne c’est un vrai plaisir de cuisiner des légumes frais et bio, de les manger bien souvent crus, de me régaler de fruits et de jus de fruits frais, de soupes, de tartes salées et sucrées (avec de la farine sans gluten), de biscuits maison, de crêpes au sarrasin, de lait d’amandes, … J’utilise de temps en temps du fromage que je choisis au mieux frais et au pire sans lactose.

En fait, je cuisine tout à fait normalement, comme avant, comme mes grands-mères et j’ai réappris le bon sens en matière de nourriture, à trier le bon grain de l’ivraie.

Je suis certes végétarienne mais c’est mon choix, et non celui de Loulou et Monsieur Mari, je mange bio autant se faire que peu et n’oublie pas l’agriculture intensive bio est tout aussi néfaste que l’agriculture intensive tout court.

donuts GFJ’adore le chocolat, le bon vin et les pâtisseries (Mon fournisseur de donuts sans gluten pourra vous le confirmer). Manger sans gluten, sans lactose, végétarien ne fait pas de moi une personne mince, c’est le contraire. Depuis que je mange correctement (je n’ose écrire sainement), je suis devenue ronde et je passe un temps fou dans la cuisine, au marché moi qui ne mangeais que des sandwiches ou des plats préparés.

Disons qu’avant j’avais le look Jane Birkin maintenant j’ai plutôt le look Luana Belmondo 😀 Et vous savez quoi, eh bien je crois que je préfère…

Je crois sincèrement aujourd’hui que ce n’est pas par hasard que je suis née avec cette maladie. Je ne sais pas pourquoi par contre mais je sais que grâce cette expérience j’ai appris beaucoup et compris beaucoup, que cette expérience m’a permis d’être vigilante quand à la santé de mes enfants, surtout de Loulou, elle me permet aussi d’aider et d’accompagner des personnes de mon entourage.

Gratitude.