Brisbane, le 21 octobre 2015

Cher Didier,

Cela fait plusieurs mois que nous échangeons via nos blogs, les réseaux sociaux. Amoureux de l’écriture, nous ne pouvions pas en rester là ! Il était temps de se rencontrer et quelle jolie façon de le faire ainsi, en prenant le temps de s’écrire. La Poste, j’espère, ne nous en voudra pas de ne pas passer par elle…

Vous je ne sais pas mais moi j’ai l’impression d’être née en sachant lire et écrire tellement cela m’a toujours paru simple et évident. Un amour des mots tel que je lis tout ce qui me tombe sous les yeux depuis toujours et avec délectation. L’écriture est venue plus tard. Je devrais dire l’audace d’écrire ! L’éducation nationale n’encourage pas l’être humain jeune à s’exprimer ni oralement ni par l’écriture (Tiens il me manque un mot là : scripturalement, écrivainement ? Je vais chercher….). Elle nous apprend qu’écrire appartient à une élite et que nous n’en faisons pas partie… C’est ce que je garde en souvenir de mes années d’école. Mais comment savoir si ma plume est jolie si je n’écris pas et si je ne la montre pas ? En attendant mon heure, je me suis régalée avec le Bled. Vous vous souvenez ? Je connaissais mes règles de grammaire, d’orthographe et de conjugaison par cœur.

Mon premier succès d’écrit fut en 5ème, reconnu et lu par mon professeur de français devant toute la classe. J’avais osé me servir du « JE » pour ma rédaction, alors qu’à l’époque cela était proscrit (Tout comme le « mais » en début de phrase). Mon audace avait ravi mon professeur. Hélas, moquée et snobée par ma soi-disant meilleure amie de l’époque, qui ne comprenait pas comment j’avais pu écrire mieux qu’elle, je n’osais plus au cours de l’année donner tout ce que j’avais en moi. Je me réfugiais alors dans mon journal intime et dans les livres que je dévorais, hantée par le fait que je n’oserais jamais écrire.

Vous vous souvenez du journal intime que l’on offrait souvent aux jeunes filles avant, parce que cela ne se faisait pas de dire ce que l’on pense, ni ses rêves, ni ses chagrins ? J’ai vraiment l’impression d’être d’une autre époque en écrivant cela mais même si je suis née en 1966, j’ai été élevée à l’ancienne comme on dit : une fille ça se marie, ça ne fait pas d’études, ça fait le ménage et ça doit savoir coudre, tricoter, jouer du piano, faire de la broderie, du crochet, etc…. J’ai tout appris ! Et je ne m’en plains pas.

Mon deuxième souvenir fort relatif aux mots c’est en 4ème (Je dois vous dire que j’étais en classe littéraire/latin/grec), le jour où j’osais dire à mon professeur de français (très vieille France…) qu’au Petit Prince de Saint Exupéry je préférais Zadig de Voltaire. Il est vrai que Zadig avait les mêmes préoccupations que moi à l’époque, bien loin de celle du Petit Prince. La vieille dame, outrée par mon arrogance (c’était arrogant à l’époque de penser par soi-même), m’avait jetée, dédaigneuse, un : « Comment à votre âge pouvez-vous prétendre comprendre Voltaire ! » auquel j’avais répondu : « Je comprends Zadig, nous nous posons les mêmes questions. »

Je continuais à lire, dévorer devrais-je dire, tous les livres qui me tombaient sous la main. A tel point qu’un jour, je me suis rendue compte que je connaissais les histoires, les personnages et non les auteurs.

Mon deuxième succès littéraire fut en seconde. Mon professeur de français, Monsieur Griscelli, d’une grande famille de pionniers calédoniens, ravi par mon style, ne tarissait pas d’éloges quant à ma plume et se confrontait régulièrement au conseil de classe à mon sujet. Il faut dire que mes moyennes dans les autres matières ne dépassaient pas le 8, quand j’obtenais 16/20 de moyenne générale en français et sans me forcer. Un jour il me dit que l’école était mal faite et que je devrais avoir la chance de ne pouvoir faire que cela : écrire, apprendre à écrire (Il m’avoua même espérer finir sa carrière sur un cas comme le mien). Les classes uniques par matière n’existaient pas, et n’existent toujours pas hélas… Là aussi, celle qui se prétendait ma meilleure amie, s’offusquait de l’admiration de mon professeur. Elle décida de le piéger en recopiant une de mes rédactions et s’offusqua du 4/20 qu’il lui avait attribué quand pour le même papier, j’avais obtenu un 16/20. Il lui répliqua que le 4/20 était pour son goût, car elle avait choisi une jolie plume à plagier mais que le travail me revenait. D’ailleurs, si je ne l’avais pas laissée faire, le 4 aurait rejoint le 16. Honteuse, gênée, je retournais à nouveau dans ma tanière et choisissais, au grand désespoir de mon cher professeur, Techniques Quantitatives de Gestion, un bac qui n’existe même plus ! Heureusement, que j’y faisais du droit. Ma plume pouvait s’exercer…

Bien amicalement.

Claudia.