Cher Didier,

J’aime cette citation de Jacques Salomé. Il m’a appris, à une époque importante, à mettre des mots sur mes maux…

A la lecture de votre lettre, les souvenirs remontent, l’importance de la place tenue par mes grands-parents également… Et finalement, je prends conscience de l’enfant que j’étais.

J’ai l’impression d’avoir toujours été un être pensant et joyeux.

Vous évoquez votre timidité car elle est votre blessure, elle est vôtre et deviendra votre trace d’enfance.

Je n’ai pas ce genre de blessures. Oh cela ne veut pas dire que je n’ai pas été blessée loin de là. Certaines blessures, trahisons ont failli me tuer, tuer mon âme, mon cœur.

Si je dois choisir, parler d’une trace d’enfance, elle ne sera pas blessure. Je parlerais de ma pensée, de mes réflexions sur le monde de l’enfance. Je crois que je me suis très tôt insurgée contre le comportement des dits adultes envers les enfants. Parents, éducateurs, nourrices, enseignants, peu ont trouvé grâce à mes yeux, peu ont obtenu approbation de ma part.

Je me sentais adulte, je me savais dans un corps d’enfant et ne supportais pas la condescendance avec laquelle tous ces soi-disant adultes traitaient les enfants. Je voyais les erreurs, les aberrations commises, m’insurgeais parfois, trop aux yeux de ma mère qui me trouvait arrogante quand je me disais lucide. Je ne cessais de dire, de me dire : « Ce n’est pas comme cela qu’on fait avec les enfants et je ne ferais pas comme cela avec les miens ». J’avais aussi des idées bien arrêtées sur la place de la femme, ce qui faisait dire à mes petites copines que j’étais une féministe. Ce que je pris comme un gros mot surtout après l’explication donnée par ma mère. Une petite vieille dans un corps d’enfant, c’est ainsi qu’un jour je fus décrite par un ami de mes parents. J’avais 10 ans.

C’est aussi au cours de cette enfance que je prophétisais ma vie d’adulte, jusqu’à l’enfant que j’élèverais seule, le « chéri » qui mettait tant de temps à naître (Monsieur Mari a 10 ans de moins que moi), en passant par les métiers que je ferais et ceux que je détesterais, les pays où je vivrais, les missions que j’avais à réaliser, etc…

Ma pensée allait loin et au-delà de mes rêves. Je conversais avec Dieu bien avant Neale Donald Walsh, la Vierge m’apparaissait en rêve, les voyages astraux ne me faisaient pas peur… J’avais en moi beaucoup de connaissances dont j’abordais parfois le sujet avec des adultes qui me renvoyaient « jouer ». Je pense que c’est pour cela que devenue adulte, je passais autant de temps à étudier la théologie, la spiritualité pour me rassurer en quelque sorte sur ces connaissances.

Le fait d’être un être pensant, de me sentir tant décalée par rapport à ce qu’on attendait de moi, ne m’empêchait en rien de chanter (à tue-tête et souvent faux), de danser, de monter avec mon frère des pièces de théâtre, des soirées magie. Nous organisions une fois par semaine pendant nos vacances « Le grand cabaret » (Là aussi, tiens, bien avant Patrick Sébastien) pour nos grands-parents, ravis de tant de créativité !

La joie, voilà un don du ciel qui m’a toujours accompagnée et qui me faisait dire à mon frère « Moi, je suis un lutin-clown, je suis là pour donner le sourire aux autres ».

Je découvrirais bien des années plus tard, en faisant l’étude de ma numérologie, que c’était une de mes missions de vie….

Claudia Rizet-Blancher.