Paris le 12/12/2015

Chère Claudia,

Depuis bien des années, je n’ai plus le goût de la fête. Plus le temps passe, plus j’ai mal de voir une société où les injustices et l’exclusion prédominent. Je ne supporte plus l’idée d’une réjouissance égoïste tandis qu’un monde s’écroule, que les valeurs disparaissent. Pourtant, par esprit de famille et parce que j’aime faire plaisir, je consens à participer à ces repas de fêtes. Noël se profile et une nappe de tendresse reflue.

Noël était une période euphorisante dont je percevais le mystère qui planait au-dessus de mon enfance. Ainsi j’ai cru à cette légende d’un personnage portant sa hotte et descendant par une cheminée. Aujourd’hui, je suis surpris par ma naïveté d’enfant et par ma passion pour l’univers des jeux. Des images me reviennent, par fragments. Comme Paris soudain illuminé, parfois sous la neige. Je courais boulevard Haussmann, ébloui par les vitrines scintillantes des grands magasins exposant les jouets qui faisaient rêver les gosses. J’étais fasciné par les automates et par les pères Noël que je croisais devant les grands magasins. A la maison, le sapin faisait son entrée annuelle avec sa profusion de boules et de guirlandes lumineuses. J’attendais fébrilement ce matin du 25 décembre, surprenant les chuchotements de mes parents à propos des préparatifs du réveillon. Je me précipitais sur ces paquets de toutes dimensions dont je devinais le contenu à leur forme. J’ai reçu tous les jouets que je désirais, les dernières fabrications comme la voiture téléguidée et le circuit rallye. Avec mes panoplies de Zorro et de Thierry la Fronde, je restais des heures devant la glace, me glissant dans la bravoure de ces personnages de fiction. J’étais déjà comédien. En jouant avec mon château fort et mes soldats, je m’inventais des embuscades et des batailles. Je débordais d’énergie sans doute en réaction aux heures de solitude à l’école.

Nos petits-enfants réclament les jouets les plus sophistiqués, ordinateurs, robots, portables. Notre génération montait des puzzles et des jeux de construction métalliques; avec trois fois rien, au temps des scoubidous, des sacs de billes dans les poches, nous étions heureux.

La barbarie est revenue et boulevard Haussmann, les grands magasins n’attirent pas la foule. Paris s’est assombri et en arpentant les rues, je croise des inquiétudes.

Les noëls de mon enfance étaient traversés par mon insouciance qui se mêlait à l’amour de mes parents protecteurs et à l’imaginaire.

 

Didier Celiset
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