Mon premier souvenir d’école est fort et intense : je suis dans la classe de maternelle, en présence de ma tante (Nous avons le même âge toutes deux) et de ma grand-tante (Elle était notre institutrice), Suzanne Roumagne, née Fessard. Je me revois plonger les mains avec délectation dans un grand bac remplis d’objets différents où les couleurs, les sons et le toucher me ravissaient. Tantine Suzanne regardait et notait chacun de nos gestes et attitudes à tour de rôle, tout en restant à notre écoute et en nous ayant auparavant montrer LE geste. Je garde en mémoire, profondément ancré en moi, mon opinion quant à son attitude : « C’est ça, c’est comme cela qu’il faut faire avec les enfants ».

J’apprendrais des années plus tard, quand moi-même tenterais d’entrer dans l’éducation nationale et que j’irais alors la voir pour être conseillée, guidée, que ma grand-tante avait été mandatée à l’époque (C’était dans les années 1970) pour ouvrir les écoles maternelles en Nouvelle-Calédonie. Elle avait alors choisi la pédagogie Montessori pour cette mise en place et m’offrit, pour ma première rentrée en tant qu’institutrice, son guide Montessori, en me précisant que l’enfant était bien plus important que les outils lorsque je lui faisais remarquer que je n’avais aucun matériel. Je me souviens encore de ses paroles : « Suis bien ses indications, lis bien ce livre et tu verras, les enfants sauront faire ». Exactement ce qu’elle avait fait avec nous en maternelle.

Ces souvenirs me sont revenus en mémoire ces dernières semaines puisqu’ici, de l’autre côté du monde, nous entamons la rentrée scolaire. Comme partout ailleurs dans le monde, des parents souhaitent une autre école pour leurs enfants, un autre accompagnement dans l’éducation. Notre petite île accueille donc désormais des écoles dites alternatives certaines basées sur la pédagogie Montessori, d’autres sur la pédagogie Steiner, d’autres encore, en s’appuyant sur les apprentissages autonomes, ont délibérément choisi de prendre le meilleur des grandes pédagogies et de les adapter à l’enfant et à son environnement.

Et de me poser la question aujourd’hui, après plusieurs années d’instruction en famille et donc d’apprentissages aussi pour moi à toutes ces pédagogies, de rencontres, de forums, de conférences, de livres lus, avalés et digérés, mais qu’est-ce qui fait que l’on souhaite sortir nos enfants de l’école publique ?

Immanquablement la question de la compétitivité poussée à outrance revient sur le devant. C’est ce qui pour beaucoup de parents, d’enseignants fait qu’à un moment donné, on choisit soit l’instruction en famille soit de créer une école dite alternative.

Toutefois, au cours de mes rencontres, des articles lus, des discussions sur les forums, des conférences avalées, j’ai découvert que la course à la compétitivité était toujours là, comme si le conditionnement était plus fort que tout. Il existe actuellement une course commerciale effrénée aux outils estampillés Montessori pour que les enfants apprennent plus vite à lire, à écrire, à compter. Beaucoup se targuent même que grâce à cette pédagogie, entre autre, les enfants des écoles de cette même pédagogie apprennent plus tôt et plus vite que les enfants des écoles publiques… A mille lieux de ce que préconisait Maria Montessori.

Elle a certes, en étudiant les apprentissages autonomes des enfants, mis en place des outils pour guider l’adulte dans son accompagnement, qui permettent de faire avancer l’enfant en toute autonomie et donc plus harmonieusement que rapidement, mais elle avait surtout une connaissance de l’humain, de son âme qui est bien trop souvent écartée de sa pédagogie aujourd’hui. Elle mettait l’être humain, dans toute sa matérialité et sa spiritualité, au coeur de son travail, de l’accompagnement qu’elle avait mis en place. Il est par ailleurs regrettable d’entendre ici et là, que les punitions sont mis en place dans des écoles estampillées Montessori ou autre, au même titre que les outils présentés par les grands pédagogues.

Tout comme Steiner, Stern, John Holt, ce n’est pas un livre qu’elle a écrit mais des dizaines d’ouvrages, complets, détaillés. Résumer en 1 seul livre sa pédagogie n’est pas reconnaître le travail qu’elle a fait. C’est louable certes mais il ressort que sa pédagogie ne devient plus qu’un outil froid et dépourvu de tout l’amour qu’elle avait dans l’humain, surtout dans l’enfant, où il ressort que le respect dans son sens le plus large est la clé d’une bonne éducation, d’un bon accompagnement.

La course à la meilleure école, la course à la meilleure pédagogie pour que l’enfant soit le meilleur dans le meilleur des mondes est d’une grande violence et fera autant de dégât que l’école publique.

Richard Bach (auteur de Jonathan Livingston, le goéland) disait « Apprendre c’est découvrir que tu sais déjà, faire c’est démontrer que tu le sais, enseigner c’est rappeler aux autres qu’ils savent aussi bien que toi » et c’est exactement le principe de l’autonomie préconisée aussi bien par Montessori que Steiner, Holt ou encore plus près de nous, Bernard Collot. Il devient important, même urgent, de revenir à l’essentiel.

 

Claudia Rizet-Blancher.