Le temps semble éparpiller les événements, les parfums de ma vie et les épreuves. Mais les émotions restent là, suspendues au-dessus de ma solitude. Mes souvenirs s’insinuent dans des articulations d’émotions. Mon premier souvenir d’école devrait être associé aux turbulences ou esclaffements d’autres gosses. Pourtant cette image ne peut tatouer le film d’une enfance qui défile dans ma tête. Cette période me ramène en fait, à l’idée de la différence. J’étais un enfant timide, donc différent pour les autres gosses qui couraient, criaient, se chamaillaient, s’agrippaient dans la cour de l’école. J’étais seulement spectateur de leurs bouffées de joies. Je commençais à découvrir la douleur de l’exclusion. Les premières marques de camaraderie, venaient d’enfants d’origine étrangère, donc différents aussi pour ceux  qui assènent leurs préjugés.

Mon école était située Place des Vosges, ancienne place Royale de Paris. Je revois ces classes insipides à l’atmosphère austère, ces tables avec l’emplacement pour l’encrier, nos porte-plumes et nos buvards. On nous mettait en rang, parfois les mains sur la tête. C’était le temps des punitions écrites, du « piquet » le visage contre le mur, des coups de règle…. Lorsque la cloche sonnait, la récréation signifiait pour moi un moment d’isolement à observer les exubérances des autres gosses.  C’est le moment de la sortie qui reste chevillé à ma mémoire, cet élan vers mes grands-parents qui m’attendaient avec mon goûter. Nous partions alors vers le square où je retrouvais mon espace de liberté entre les pelouses, les fontaines et le monument dédié à Louis XIII. Mes poches étaient remplies de billes, de scoubidous, d’osselets. Et j’étais heureux. J’ai effacé cette époque de ma mémoire. En fait, ma vie bascule vers son état réducteur. Des silences, des angoisses, des fougues et des rêves ! Voilà ce qui me reste de l’enfance.

Les comportements ont changé, l’encrier a disparu, mais l’école reste ce lieu où se grave notre première vision du monde. Je pense que l’école a toujours été défaillante en matière d’épanouissement de l’enfant. Trop d’autorité hier, trop de laxisme de nos jours, mais de toute façon les outils pédagogiques restent inadaptés, au service d’une société aux bases iniques.

 

Didier Celiset
http://latentationdecrire.com/