Didier Celiset est écrivain, comédien et chroniqueur aux Carnets ©. Il présente dans cette interview son travail et sa dernière pièce de théâtre « La sagesse du conférencier » à laquelle vous pourrez assister au théâtre Pandora, à Paris.

 

C’est votre première comédie au théâtre. Comment est né ce projet ?

– Il s’agit de l’adaptation d’un de mes livres ‘’La sagesse du conférencier ‘’. En fait, j’ai modifié le personnage de la correctrice. Par contre le conférencier garde sa verve, sauf que j’ai théâtralisé. Le personnage est devenu caricatural tout en livrant sa philosophie. C’est un humaniste, un écorché, un de ces blessés qui finissent par s’isoler.

Pourquoi cette histoire d’un conférencier ?

– J’avais envie de transmettre ma passion de l’écriture. Je voulais donner des conférences sur le thème de l’écriture comme thérapie.  Faute d’auditoire, j’ai écrit un livre sur la vie d’un conférencier.

Vous êtes un solitaire ?

– Oui, je partage ma vie entre l’isolement et des sorties ponctuelles, sous les projecteurs. C’est une forme d’exhibitionnisme qui vient de la blessure…

Ce mot revient souvent chez vous, la blessure…

– Vous savez, pour la plupart des artistes, la blessure, c’est la source, le socle. La blessure a son cheminement, elle se jette ensuite dans une forme de création artistique.

Avez-vous fréquenté une école de théâtre ?

– Non, je n’ai jamais pris un seul cours. Il y a quelques mois, j’ai fait appel à une coach. Elle m’a dit « Vous possédez l’essentiel, ce qu’on apprend dans aucune école ».

C’est quoi l’essentiel ?

– Elle ne l’a pas vraiment précisé, mais je puise mon énergie dans mes racines, après, il y a un instinct de la scène. Je vais sur scène avec mon vécu qui s’éparpille dans les mots, dans une forme de ténacité.

Une forme d’exhibitionnisme contrôlé ?

– Je contrôle tout, mes complexes, mes émotions, pour me protéger. Être comédien, ce n’est pas une obsession. Je n’aime pas la lumière. Mais parfois, je fais le show et je repars aussitôt dans ma tanière.

Mais pourquoi ces envies puis ces replis ?

– Mon parcours est celui d’un timide. J’ai fini par me façonner une vie de solitaire qui me permet d’écrire, d’observer, de cerner les autres, avec ces parenthèses artistiques qui m’incitent à transmettre. Et j’aime ce lien avec le public. J’aime ce rapport si vif entre l’artiste et le public, ça me donne le vertige, mais c’est une sensation que je recherche.

Vous êtes seul aux manettes de vos spectacles ?

– J’ai co-écrit tous mes spectacles. J’écris 70 % du texte. Pour le reste, je suis producteur de mes spectacles.

Parlez-moi de cette rencontre avec votre partenaire.

– Pour la reprise de La sagesse du conférencier, j’ai contacté une dizaine de comédiennes sur un site de casting. Et Alexie Wagener s’est présentée. Immédiatement, j’ai capté sa vivacité touchante, son énergie. Encore une belle rencontre, inattendue.

Qu’attendez-vous de cette pièce ?

– Je n’attends jamais rien de la vie. Je ne suis jamais en position d’attente. Toutefois, je pressens que cette comédie va connaître le succès. J’ai envie de voir le public heureux, d’offrir un spectacle original, une comédie philosophique dirais-je. C’est un conflit entre deux êtres, l’écrivain et sa correctrice, qui rappelle que la nature humaine est porteuse de démesure, de sentiments extrêmes.

Vous avez écrit 11 livres en 12 ans, c’est laborieux…

– J’ai trouvé rapidement une rigueur dans l’écriture. J’écris deux ou trois pages par jour. Je m’impose ce rythme. C’est très difficile de quitter l’écriture d’un livre. Lorsque j’envoie mon livre à l’imprimeur, que je clique sur la touche ‘’envoyer » , cette seconde est euphorisante et particulière.

Vous laissez passer du temps entre chaque livre ?

– Durant trois semaines, je suis comme sonné, vidé. J’ai l’impression que je ne trouverai plus d’autre sujet d’écriture. Je suis dans cet état second puis le manque se précise. J’ai besoin de repartir dans l’écriture. La fièvre des mots revient, c’est vital. Il m’arrive de laisser passer deux ou trois mois puis je retrouve la rigueur et l’enthousiasme qui sont mes deux partenaires d’écriture.

Vous écrivez des chansons, des romans… C’est éclectique.

– J’ai commencé par écrire des chansons. Je suis sociétaire de la Sacem. L’écriture de romans est venue plus tard. Au début de mon mariage, j’ai écrit des centaines de pages sur mon enfance, mes grands-parents, les événements de mai 68…et j’ai renoncé. J’ai repris 15 ans plus tard. J’ai choisi de recomposer. C’est devenu une autobiographie de 320 pages. Son titre : ‘’ Trop de pluie ‘’.

Pourquoi ce titre ?

– Certains événements qui m’ont touché, ébranlé, se sont passés un jour de pluie.

Il y a un fil conducteur à travers ces formes d’écriture.

– Les galères de la vie m’ont inspiré ces formes bigarrées d’écriture. Le roman m’a permis d’exprimer la densité de mes souffrances. Je livre des pans de ma vie,  des aventures pour me libérer de cet étau en moi. Toutefois, mes livres recèlent autant de légèreté que d’introspection. Mon écriture est imprégnée de fougue même si la blessure sillonne les pages.

Cela prend du temps à monter un spectacle ?

– Après le travail d’écriture, les répétitions durent 2 mois. C’est intense.

Quelles sont les réactions du public ?

– Le public est bienveillant mais je redoute l’indulgence. Donc je brise progressivement mes complexes.

Votre pièce ‘’La sagesse du conférencier’’ peut-elle toucher un large public ?

– Oui, je pense. C’est une comédie déjà, la nature humaine s’y déploie, ironique, méchante, lucide, généreuse. L’écrivain et la correctrice font aussi passer des messages sur la société.

Des projets, un nouveau livre ?

– Je viens de terminer  »C’était notre vie  ». Cette pièce, c’est un tel défi, c’est un aboutissement. Je suis dans la tourmente de l’angoisse. Après j’assumerai…