Il est agréable de voir le changement, le constater à travers chaque action, même minime, que chacun d’entre nous entreprend. Ici on reboise, là on ouvre une école alternative, ailleurs on nettoie, en face on plante, de l’autre côté on invente, … Et ça bouge, Dieu que cela bouge, change, avance ! Le nouveau monde est en marche, ce nouveau paradigme décrit par tant de philosophes, économistes. C’est une véritable révolution que nous connaissons, une révolution silencieuse. Cette fois-ci point de bagarres, de barricades, de sang mais des rebelles, insurgés qui redessinent la citoyenneté, l’économie, l’enseignement, la morale, etc… Vous ne les entendez presque pas car ils sont bien trop occupés à travailler et grâce à leur travail, leur créativité, ils dessinent notre Demain.

Un des outils du nouveau paradigme est le crowfunding. C’est tout simplement du mécénat. C’est-à-dire qu’une personne a un projet. Pour le réaliser il lui faut, bien évidemment, des finances. Comme les banques nous disent toutes que c’est la crise, eh bien la solidarité-financement se met donc en place. Le porteur du projet le présente au plus grand nombre sur ce que l’on appelle une plateforme sur internet et ceux qui le souhaitent donnent de l’argent pour que ce projet puisse se créer. Très souvent, le porteur de projet offre une contre-partie symbolique à ses donateurs. Par exemple, nous avons participé au financement de la réalisation du documentaire « Demain » de Cyril Dion. En contrepartie, nous avons été invités à une séance au cinéma, nous recevrons le DVD à sa sortie et le nom de David ainsi que sa photo apparaît au générique de fin. Outre ces contreparties, nous avons la satisfaction d’apporter une pierre à l’édifice. Le suivi de ces projets est encadré par la loi. Les arnaques sont donc quasiment impossibles.

De nombreux projets aujourd’hui, considérés comme irréalisables ou irresponsables par une certaine catégorie de personnes et/ou d’institutions voient heureusement le jour. Ces projets nous permettent à tous d’avancer autrement.

Il y en a un aujourd’hui qui me tient à cœur.

Comme vous le savez, je suis en partie originaire d’une petite île du Pacifique, la Nouvelle-Calédonie. Mes racines sont françaises, belges mais aussi kanaks. Je suis blanche mais de la génération à partir de laquelle le gêne peut ressortir, à l’instar de cet épisode d' »Une famille formidable » qui vit la naissance d’un enfant de couleur noir au sein de la famille. Notre pays s’est construit, comme beaucoup de colonies, sur des incompréhensions, des douleurs, des injustices mais aussi avec beaucoup de travail, de courage. La plus grande injustice que nous connaissons aujourd’hui et avons du mal à vivre, voire accepter, est le non-dit. Ce non-dit d’hier est la source de beaucoup d’incompréhension aujourd’hui. L’humanité étant de plus en plus consciente, éveillée, il devient de plus en plus difficile de vivre avec ce non-dit et cela nous empêche d’avancer sereinement. Beaucoup le vivent même comme une injustice, injustice amplifiée par le contexte politique actuel. Comment se construire, comment créer son futur lorsque l’on ne connaît pas son histoire, ses racines. Un arbre sans racines ne peut vivre, grandir, s’élever.

La Vie, avec l’aide de Jenny Lloret, chroniqueuse aux Carnets ©, m’a mise en présence de Charlotte Desfontaine. Charlotte est métisse, de père métropolitain, comme on dit ici, et de mère kanak. Une demie-zor 😉 comme moi.  Elle a décidé d’écrire un livre et également de réaliser un documentaire, « Parole libérée », sur le thème de la maternité kanak, parce qu’elle a compris, en essayant de questionner sa maman pour connaître ses origines kanaks, que le non-dit ici, chez nous, était avant tout culturel.

Je suis extrêmement intéressée par ce projet parce que en questionnant moi-même ma famille calédonienne (J’emploie le terme « calédonienne » car le métissage est au centre de mon histoire familiale. Voyez-vous même : réunionnais, kanak, français, belge, alsacien, marocain, vietnamien, espagnol, japonais, tahitien, indonésien,… et je suis sûre que j’en oublie)  je me suis rendue compte que le non-dit était devenue aujourd’hui manque de connaissance.

Je crois comme Charlotte Desfontaine que la parole doit se libérer chez nous, pour que nos enfants tous métissés, en 2016, puissent rester ensemble sur notre île du bout du monde.

Je vous invite à venir découvrir son très beau projet, son histoire sur la plateforme de crowfunding helloasso et de suivre ses actualités, son parcours sur facebook :

https://www.helloasso.com/associations/metis-kanak/collectes/parole-liberee-histoire-d-une-kanak-deracinee
https://www.facebook.com/ParoleLibereeKanak/?pnref=story

parole libérée sac.pngEt peut-être que demain justement nous nous croiserons dans la rue, portant sur notre épaule, ce joli cabas. Alors nous saurons, en nous regardant et en souriant, que nous sommes liés par un très joli projet, celui de La Parole libérée.

 

Claudia Rizet-Blancher