Depuis quelques décennies maintenant, la place de la femme dans la société Kanak est déstabilisée. Il est important pour nous Kanak de redonner toute sa valeur à la place de la Femme Kanak, longtemps dénigrée. (Une question à vous les hommes Kanak, nous regardez-vous avec des yeux de Kanak ou des yeux acculturés, « pollués » aux contacts des autres). Dans ma jeunesse, j’étais outrée d’entendre : « Chez vous les Kanak, la femme est soumise ». Mon regard, ma vision de la femme Kanak furent longtemps « pollués » par cette remarque. Cette réflexion m’anima, me révolta pendant des années. Je me rebellais et n’acceptais pas cette condition que l’on m’avait « infligée ». Même si un jour, alors que je n’avais que 16 ans, un grand chef du Sud eut des propos qui m’ont aussi bouleversée. Ce notable eut une discussion avec des Européens qui lui dirent : « La femme chez vous est soumise ». Et le grand chef de répondre « C’est vous, avec votre regard d’occidentaux, qui voyaient la femme Kanak comme soumise. Il ajouta ceci : « C’est une fierté pour la femme Kanak de revenir du champ avec le panier rempli de provisions sur le dos et de le ramener à la maison »

25 ans plus tard, j’affirme que moi, femme Kanak, je suis fière de le porter sur le dos et de le ramener à la maison.

Ce panier va m’aider à nourrir mes enfants, mon mari, mon clan. La nourriture contenue dans ce panier va au-delà d’une nutrition physique. Ce panier va m’aider à nourrir mes enfants, mon mari, mon clan, spirituellement. Et ce panier ne se remplit pas qu’à ma seule force, mon seul courage ou ténacité.

Le jour où je suis arrivée sur cette terre, que j’ai choisie, je suis arrivée avec ce panier sur le dos. Mes ancêtres, ma famille, mes proches, mon père et ma mère m’ont aidée à le remplir afin que je puisse le partager avec vous aujourd’hui, qui que vous soyez.

Ce panier ne fait que s’enrichir aux fils des jours. La première personne qui m’aide à le remplir aujourd’hui, c’est l’homme avec qui j’ai choisi de vivre, nos enfants, sa famille, ses proches et ses ancêtres. Et j’en passe… Comme dans toute société, nous avons chacun nos statuts au quotidien. Comme dans toute société, nous avons chacun nos tâches au quotidien. Comme dans toute société, nous avons chacun nos rôles au quotidien. Comme dans toutes sociétés, nous avons notre place au sein de la cellule familiale et clanique.

On appelle cela la répartition des tâches, des rôles.

Parce que cette répartition est peut-être unique, nous sommes soumises !?

Alors, oui, chez moi, les femmes sont sacrées. Oui, chez moi, les femmes sont gardiennes du savoir et de leur savoir. Oui, chez moi, les femmes sont les premières éducatrices. Oui, chez moi, les femmes sont les nourricières. Oui, chez moi, les femmes sont les soignantes, les guérisseuses. Oui, chez moi, les femmes tiennent la maison. Oui, chez moi, les femmes sont les conseillères de l’ombre.

Alors, Oui, chez moi, les hommes sont sacrés. Oui, chez moi, les hommes sont les chefs de familles. Oui, chez moi, les hommes sont les chefs de clans. Oui, chez moi, les hommes font le plus gros labeur. Oui, chez moi, les hommes ont la charge de créer et trouver la nourriture. Oui, chez moi, les hommes sont aussi les soignants et les guérisseurs. Oui, chez moi, les hommes savent qui est leur conseillère de l’ombre.

Cette société est la mienne. Citez-en moi une qui est parfaite, et aux yeux de qui ? J’ai choisi d’y vivre, ce n’est pas parfait, mais elle est mienne.

A vous les femmes de chez moi, à vous les hommes de chez moi, avez-vous pris le temps de regarder ce qu’on vous a légué dans votre panier ? Avez-vous pris soin de regarder les merveilles, le merveilleux contenus dans ce panier ? Vous êtes-vous demandé un jour si votre regard n’était pas « pollué » ?

Longtemps, j’ai été « polluée », mais aujourd’hui Femme Kanak Mariée, je me rends compte de l’importance de ma place, de mon rôle, de mon statut en tant que Femme, Maman et Épouse. Il va au-delà de celui de la femme soumise. Nous sommes le poteau central sur lequel nos enfants, nos maris, nos familles et nos clans respectifs ont choisi de s’appuyer. Quelque soit la famille, le clan dans lequel nous vivons, nous avons toutes un rôle à jouer, nous n’y sommes pas arrivées par hasard. Ne négligeons pas nos rôles de Femme, Maman et Épouse. Assumons-les dans la dignité afin que nos enfants soient bien construits. Qu’ils puissent, à leur tour, remplir leur panier d’Amour, de Sagesse, de Merveilleux, afin de le partager dans le Respect de Soi-même et des Autres.

Merci à tous. Beaucoup d’Amour et de Merveilleux dans vos regards de Femmes et d’Hommes Kanak.

Vivez vous de l’intérieur !

 

Yvanna Lepeu ep Doï