Les prises de conscience actuelles touchent tout le monde sans exception. Certains d’entre nous viennent de loin, de très loin. Aujourd’hui, c’est un témoignage de vie depuis Québec écrit avec les mots du coeur, de l’âme. Quand on vient de si loin, tant tous les sens du terme, je ne peux m’empêcher de penser que nous avons décidément tous notre croix à porter. Nicolas va maintenant pouvoir se nourrir de la Beauté.

 

12 mars 2014

Voici mon coming out. Mon parcours est hors du commun, c’est-à-dire que ça ne se résume pas en quelques lignes, car tout le cheminement que j’ai fait durant les dernières années est impressionnant et je veux continuer à cheminer dans cette voie. Je ne veux pas revenir en arrière, mon passé n’est pas un conte de fées, mais comme le dit la chanson de Piaf : « Non, je ne regrette rien ». Maintenant, pour le présent et pour le futur, ma vie s’oriente vers un « happy end » comme dans les films d’Hollywood. Sachant que le passé n’est pas garant de l’avenir, et même sans boule magique pour prédire l’avenir, à ce jour, j’entrevois ma vie de façon très optimiste. Quand j’ai décidé de changer ma vie de A à Z, j’ai commencé par arrêter l’alcool, car j’ai été alcoolique pendant 15 ans. De plus, quand j’étais plus jeune, je suis tombé dans presque toutes les drogues de l’époque, mais ce type de dépendance a été de moins longue durée que mon alcoolisme. Je fonçais à vive allure vers mon tombeau, j’ai flirté souvent avec la mort. Par exemple, de 2003 à 2005, j’ai développé une dépendance aux somnifères et durant ces années, je buvais aussi de l’alcool; imaginez le cocktail Molotov! Je vous conseille de ne pas essayer ça à la maison, j’étais un professionnel ! Après avoir arrêté l’alcool, j’ai cessé la prise des médicaments en quelques mois et j’ai fait tout ça seul, avec une supervision médicale. Toutefois, avant d’en arriver là, j’ai dû faire trois désintoxes entre 2005 et 2009. Pendant deux ou trois ans, j’ai été suivi par un intervenant en toxicomanie et je lui dois une fière chandelle. Il a cru en moi et m’a toujours dit que si j’avais réussi à arrêter les drogues plus jeune et les benzodiazépines (médicament de prescription), et bien je serais capable un jour de vaincre mon alcoolisme. Il m’a toujours dit que c’est rare que quelqu’un qui a des problèmes en toxicomanie s’en sorte ; alors, des années après avoir fini mon suivi avec lui, j’ai décidé par moi-même que j’allais être une exception dans les statistiques. La décision est donc venue de moi. Il fallait que je mette un terme à mes problèmes de consommation. En juillet 2014, ça va faire bientôt cinq ans que j’ai cessé de consommer de l’alcool dont j’ai été dépendant pendant quinze ans, et tout ça, je l’ai fait par moi-même. Ceux qui ont sonné la cloche sont un de mes amis et ma grand-mère. Bref, je leur dois une fière chandelle. En fait, ma grand-mère a fait une cirrhose à cause des médicaments qu’elle prenait, elle n’avait aucun problème de consommation. Disons que ça m’a réveillé. J’ai réalisé que je jouais avec ma vie et c’est grâce à elle et un de mes amis que j’ai décidé de changer. Ainsi, voilà maintenant cinq ans que j’ai décidé de faire le grand ménage dans ma vie et depuis, elle a changé de A à Z. En plus de tout cela, j’ai arrêté la cigarette depuis maintenant 4 ans et je peux dire que c’est un exploit parce que je fumais des clous de cercueil autant que Gainsbourg. Pour ce qui est du dernier médicament que je prends, j’aimerais bien le diminuer encore d’ici quelques années, car ces médicaments que je prenais me rendaient zombie ; peut-être bien comme la majorité de mes contemporains. La raison pour laquelle j’ai pris ces médicaments est que j’ai commencé à faire des crises de panique, il y a de cela une quinzaine d’années. On pourrait dire que j’étais prédisposé à cause de mon bagage génétique. Toutefois, je ne veux pas influencer personne à arrêter leurs médicaments. Mon parcours est assez « trash » et je ne vous montre que la pointe de l’iceberg. C’est complexe un problème de consommation. Ça ne se résume pas en quelques lignes quinze ans d’alcoolisme et d’addiction aux médicaments, mais j’imagine que vous savez lire entre les lignes. Pour ce qui est de l’anxiété, c’est exactement le problème que cachait ma consommation. Si j’ai un conseil à vous donner, c’est de ne pas vous isoler lorsque vous avez des problèmes de dépression ou d’anxiété, c’est la pire chose à faire. Dans certains cas, ça multiplie les problèmes et le résultat est qu’on hypothèque notre santé physique et mentale. Il ne faut surtout pas avoir honte si on vit une dépression, un problème de santé mentale ou des difficultés reliées à un trouble d’anxiété. Bien sûr, la société dans laquelle nous vivons a tendance à rendre ça tabou, mais il faut se consoler et se dire que c’est normal de demander de l’aide, normal et vital. Malheureusement, à cause des tabous, il y a beaucoup de monde qui reste seul avec leurs difficultés toute leur vie. Le monde dans lequel nous vivons ne tourne pas très rondement. Il est rempli d’inégalités et est axé sur la performance à outrance alors que ce n’est pas tout le monde qui est fait pour se conformer à ce moule. La société nous dicte d’entrer dans ce moule et si on n’adhère pas à ce dictat, on est considéré comme des moutons noirs. Être un mouton noir, n’est-ce pas une preuve de santé mentale? J’ai demandé de l’aide ; Marie-Claude, je te dois une fière chandelle de m’avoir en quelque sorte pris sous ton aile parce que j’étais réceptif pour faire tous ces changements durant les deux dernières années. Mon suivi à « L’Autre Rive » m’a encouragé à changer, ce qui a transformé ma qualité de vie. Comme tu le sais, j’ai beaucoup d’objectifs, donc il me reste encore d’autres choses à transformer. Je suis content de cette démarche, ça m’a donné l’énergie pour prendre soin de mes bobos, mais il me reste encore des blessures à guérir. L’année 2014 c’est pour moi un tournant entre deux époques, l’une révolue et l’autre à venir. C’est très significatif, je m’enligne pour mon 5e anniversaire de sobriété! Je veux me rendre à dix ans de sobriété et bien plus, mais je vis un jour à la fois et c’est ça qui est le plus important pour moi. C’est en quelque sorte un pont entre deux époques. Je sais que la vie me réserve encore plusieurs Kilimandjaro à escalader. D’avoir arrêté l’alcool et bien d’autres drogues représente une de mes plus grandes victoires, la montagne la plus haute que j’ai gravie. Tout le monde connaît des alcooliques ou des toxicomanes qui traînent ça très longtemps et qui font rechute après rechute, je crois que je peux être fier de cet accomplissement. Le fait que je m’enligne pour une 5e année démontre que je peux accomplir ce qu’il y a de plus difficile. Cette force et cette ténacité sont les bases pour accomplir les autres projets dont je rêve et que je couve depuis longtemps malgré les hauts et les bas. Selon les moments de doute qui me remettent en question, je vais retenir cela comme mantra : « J’ai la force en moi ». Après avoir maîtrisé mon côté obscur, je crois avoir réussi à surmonter le plus destructeur de celui-ci. Il ne me reste qu’à marcher droit devant et ne plus reculer. Le passé est passé…L’avenir reste.

 

Nicolas Cédric Aubé
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