A mes parents, avec toute ma tendresse.

 

On me demande souvent si j’applique les outils, les règles dont je parle dans mon quotidien, certains même pensent que, vu mon engagement dans l’abolition des châtiments corporels sur les enfants notamment, j’ai moi-même été battue enfant ce qui n’est pas le cas.

Enfant, sachez-le, j’avais déjà une idée très claire, très consciente de l’accompagnement des enfants. Au fur et à mesure de mes apprentissages, de mes formations, j’ai découvert que je n’étais pas la seule à avoir cette idée au point, un jour, de m’être prise pour la réincarnation de Maria Montessori 😀 Adolescente, je ne cessais de me dire « Adulte, je ne ferais pas comme eux », eux étant bien entendu mes parents, mes grands-parents, les enseignants. Tiens, comme dit ma mère, il ne faut jamais dire « Fontaine je ne boirais pas de ton eau »… Lorsque devenue moi-même maman (Et jeune maman pour mon époque, 25 ans), je me suis surprise à rejeter mon bébé parce que j’étais épuisée, à crier sur mon enfant plus tard parce que je voulais qu’il soit « parfait » et qu’on ne dise surtout pas que je ne savais pas l’élever (J’étais jeune maman célibataire). Je peux vous assurer que j’ai été très fâchée contre moi et j’ai même connu des semaines de culpabilité après avoir lu « Tout se joue avant 6 ans » du Dr Dodson parce que je m’étais rappelée que tout ce que je lisais, j’y avais toujours cru au fond de mon coeur, que c’était pour moi une vérité et qu’hélas je n’avais pas réussi à le vivre jusqu’ici. J’ai également connu les soucis de l’adolescence, la rupture avec l’enfant devenu jeune adulte et même après avoir dévoré tous les ouvrages sur la parentalité positive. Et rebelote ! 16 ans après j’ai remis la compresse, comme disent mes amis Suisses, et bien plus difficile puisque Loulou a été malade pendant de nombreuses années. J’ai donc repris mon bâton de pélerin-parent et je suis retournée à mes bouquins, mes apprentissages.

Des erreurs, nous en commettons tous en tant que parent, nous évoluons aussi avec notre temps. Au temps de mes grands-parents, ce sont les grands-parents qui s’occupaient des enfants, on n’allait pas chez le médecin pour un oui pour un non, comme ils disaient, il fallait travailler pour manger et puis c’est tout, ou si on était une fille, il fallait se marier et vite. Mes parents se fut encore autre chose : le culte de l’école républicaine, la course aux diplômes, à la réussite sociale, les yéyés (Ils faisaient des bonds mes grands-parents devant les Eddy Mitchell et consorts !), la télé (Qu’est-ce qu’elle énervait mes grands-parents cette télé qui voyaient en elle tous les vices et le pire de tous : la paresse). Et nous, c’est encore autre chose : la crise économique (On a même grandi en même temps qu’elle), le réchauffement climatique, les tablettes (Vont devenir « cons » vos gosses à force d’être sur leurs tablettes. Ils feraient mieux de lire un bon bouquin. Et leurs yeux, vous avez pensé à leurs yeux 😉 ), la pollution à outrance, le gaspillage, la surconsommation, etc…

Chaque génération s’inscrit dans son époque, avec ses idées nouvelles, ses valeurs et son évolution propre. Et c’est ce qui permet à l’Humanité d’évoluer. Ce sont les erreurs commises par ceux qui sont venus avant nous, qui nous permettent d’évoluer, d’avancer. Mais aussi ce qu’ils ont réussi à bien faire. C’est le propre du cycle de la Vie. Mes parents ont commis des erreurs mais pas que. Diantre ! Moi aussi. Je n’ai jamais connu aucun sévices, mes enfants non plus. Ce fut plus difficile pour mes parents et pour leurs parents avant eux. Autre temps, autres mœurs comme on dit.

J’ai toujours dit à mes enfants lorsqu’ils émettent des jugements sur ma façon d’être, de vivre, de les accompagner : « Mes erreurs, je ne les vois pas toujours car je crois faire de mon mieux et je fais avec mes connaissances (Et Dieu m’est témoin que je suis perpétuellement en formation !). Par contre, puisque vous les voyez, je vous souhaite de ne pas les reproduire et je vous encourage même à faire mieux ». Parce qu’un jour je me suis souvenue qu’enfant je pensais « Moi je ne ferais pas comme cela ». Inversement, cela ne veut pas dire que j’en veux à mes parents. Ils ont fait de leur mieux, avec leur histoire, leurs blessures, leurs forces et leurs faiblesses mais ils ont fait et personne ne pourra leur dire qu’ils ne nous ont pas aimés.

Oui je fais différemment de mes parents en matière de parentalité (Et c’est dans l’air du temps, c’est très important pour tout ceux qui ont choisi de vivre le nouveau paradigme), comme eux l’ont fait par rapport aux leurs et j’en ai même fait mon métier. Oui ma maison est toujours rangée et organisée. C’est mon havre de paix, l’endroit où je me ressource et où je me sens le mieux parce qu’il est à mon image. Oui notre quotidien est organisé à la Montessori et comme cela nous soulage, nous aide ! Oui j’ai élevé mes enfants avec cette pédagogie et même de façon innée pour le premier. Oui j’applique la communication bienveillante et même auprès des enfants que j’accompagne en milieu scolaire. Oui je suis chrétienne et le vis tous les jours. Oui je mange sainement, me soigne naturellement et de façon holistique, etc… Je me sentirais hypocrite si je n’appliquais pas, ne vivais pas ce que je préconise. J’ai par ailleurs pour adage « Cordonnier toujours bien chaussé ». Et puis heureusement que j’ai cette éthique de vie construite à partir de ces outils, au fil du temps, car sans cela le chômage, la maladie, le manque d’argent, les passages difficiles, la solitude, les trahisons, les coups de gueule, les rejets, les disputes, les mauvaises humeurs, les coups de blues, les fatigues, le quotidien quoi, la Vie seraient bien difficile à vivre. Qui sait, je serais peut-être aujourd’hui sous anti-dépresseur, j’aurais besoin de mon verre d’alcool quotidien, de mon pétard pour réussir à tenir le coup. Et vous savez quoi, je l’ai même vécu à un moment donné, plus jeune, puisque j’ai fait alors l’expérience de vivre sans éthique de vie.

« Que celui qui n’a jamais pêché me jette la première pierre. »

Cela ne sert à rien d’accuser ses parents de ne pas avoir été des parents « parfaits », de se culpabiliser de ne pas être des parents « parfaits », c’est même improductif. Il vaut mieux s’instruire, apprendre d’autres manières de faire et de le faire, de faire de son mieux. Ça, ça fait avancer le schmilblick !

 

Claudia Rizet-Blancher